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Louis et ses amis … Laura Zimmermann

Laura Zimmermann, une amie de Louis, Alexandre ,Yal, Cyrielle  et les autres …

LOUIS et ALEXANDRE
peinture de laura Zimmermann

A Louis

En novembre j’ai reçu un mail de toi me disant que tu prévoyais un voyage dans les Alpes et que tutu « déborderai” peut-être sur la Suisse – ce sont tes mots. Je t’avais répondu que si tu ne débordais pas sur la Suisse, c’est moi qui viendrai à toi et qu’en attendant j’espérais te revoir bientôt. J’attendais la fin du confinement pour remonter sur Paris. Mes derniers mots pour toi tiennent en trois phrases. Je ne savais pas que c’étaient les derniers. On devrait toujours écrire aux gens qu’on aime comme si c’était la dernière
fois, malheureusement dans la vraie vie personne ne fait ça.
Lorsque Alexandre m’a appelée pour m’annoncer ta mort, je n’ai pas compris ce qu’il me disait. Le pauvre,
je lui ai fait répéter ces mots qui devaient lui arracher la gorge: “Loulou est mort”. Très vite après avoir raccroché j’ai pensé qu’il était devenu fou et qu’il m’avait fait une mauvaise blague (pardon Alex).
J’ai cherché frénétiquement une preuve sur le net: un avis de décès, une annonce, quelqu’un qui parlerait de toi… Au début il n’y avait rien, aucune trace de ta disparition. Puis ton décès à été annoncé sur la page Wikipedia de ton papa et il a bien fallu que j’admette la vérité.
Pourtant je continue à chercher. Tous les jours je fouille le net, les réseaux sociaux et les forums de
bédéphiles à la recherche de gens qui pensent à toi et qui te font exister. Et des gens qui pensent à toi
mon vieux, y’en a un paquet. Je vois partout cette photo de toi posant une main sur le menton. Tu as l’air
tellement pro et tellement heureux dessus. On dirait une star de télévision.
Les photos qu’on prenait en soirée n’étaient pas aussi belles, mais je les garde précieusement car elles
témoignent aussi de moments où on était heureux, même si c’était souvent trop et parfois dans l’excès. En fouillant dans mes souvenirs j’ai retrouvé une vidéo d’un 31 décembre. On était chez Yal et on se faisait royalement chier. Les fêtes de fin d’année n’étaient jamais à la hauteur de nos espérances, mais toi tu nous répondais que « le nouvel an quand on aime les cacahuètes c’est bien ». Ça vaut tous les bouquins de développement personnel du monde.
Les années passées au CSO avec vous font partie des plus belles de ma vie. Je me sentais enfin à ma place au milieu de vous. Avec le temps j’ai fini par perdre de vue plusieurs d’entre-vous, mais toi et
Alexandre vous étiez toujours là, toujours présents. Je ne vous l’ai jamais dit mais ça me faisait un bien fou. J’avais fini par vous attendre à chaque fois que je revenais, c’était un rendez-vous non pris mais presque toujours honoré. Je pensais que vous seriez toujours là. Je vous pensais immortels.
La dernière fois que je t’ai croisé c’était lors d’un de ces fameux rendez-vous non pris. Tu avais débarqué dans une de mes expositions avec l’un de tes amis de fac. Ce dernier était accompagné de son gamin de deux ans qui s’était essuyé les mains pleines de gâteaux sur mes fauteuils tout blancs. Je me demandais
comment j’allais bien pouvoir les nettoyer. Je suis finalement heureuse de ne pas y avoir touché: ces petites traces de doigts me  feront penser à toi. Je m’assure ainsi de ta présence à tous nos futurs
rendez-vous non pris.
Vous aviez donc débarqué tous les trois comme des boulets de canon dans cette salle d’expo bien proprette, avec vos gâteaux, vos rires et vos projets de BD, de graffs, de micro-galerie et de kitchen litho.
Tu étais fidèle à toi-même: mélancolique et sensible, mais avec plein d’envies et beaucoup d’humour.
Tu as toujours su nous faire mourir de rire rien qu’en étant toi, comme ce jour où, en cours d’art plastique,
Mme Guedet nous avait donné un travail à faire sur le thème de la Taille Réelle. C’était la seule contrainte.
Toi, tu avais ramené le dessin d’un crucifié au format A3. Lorsqu’elle t’a fait remarquer que tu n’avais pas
du tout suivi la consigne, tu lui as rétorqué avec le sourire et un brin d’arrogance: “mais si voyons: c’est unbébé!” La pauvre Mme Guedet en est restée toute interloquée pendant que nous, nous riions comme des baleines. Je me marre encore rien que d’y repenser.
Tu étais talentueux et inspirant Louis. Tu étais ma muse. C’est de toi dont j’ai peint le plus de portraits (29,je les ai comptés). Tu étais toujours partant pour poser. Tu avais cette beauté qui me fascinait: frontale, virile, émouvante. Tu réussissais l’exploit d’être à la fois sombre et lumineux. Un poème de Baudelaire à toi tout seul.
Tu vas me manquer Loulou. Je garde des portraits de toi, tes dessins, tes BD, mes souvenirs et ma peine.
Et le 31 décembre j’ouvrirai une bouteille et un paquet de cacahuètes.
Lolotte

artiste peintre Laura Zimmermann avait demandé à Louis d’être son modèle pour une série de portraits.

Alexandre et Louis
Acrylic sur toile
Laura Zimmermann

 

Louis Le Hir et ses amis … Nicolas Metters

Nicolas Metters un ami de toujours, plus de 25 ans d’une amitié solide et sincère. De l’école primaire à aujourd’hui.

Témoignage de Nicolas
Bon Loulou, je vais répéter un truc que je t’ai déjà dit mille fois: tu fais chier quand tu veux…
Tu fais chier parce que ça fait maintenant 2 WE que je t’avais réservé pour ton déménagement et que
j’apprends au dernier moment que c’est annulé.
Tu fais chier parce qu’on avait parlé de quelques projets pour fin 2020 et 2021 et que j’étais vraiment
motivé à l’idée d’y travailler avec toi.
Tu fais chier parce que j’étais vraiment pas prêt à écrire ce genre de message et que même au moment de
l’écrire, j’ai pas envie de continuer parce que ça me force à accepter ce changement.
Et surtout tu fais chier parce que j’aurais plus jamais l’occasion de te dire que tu me fais chier….
Mais bon, comme le chantait un artiste qu’on aime tous les 2, ne chantons pas la mort: c’est un sujet
morbide.
Du coup je cherchais un moyen finir cette histoire sur en n’en gardant que la joie et le plaisir et ça m’a
amené à rouvrir un tome de Clown que tu m’a offert, un des seuls souvenirs d’une soirée dont toi seul avais
le secret, un des seuls souvenir en dehors de quelques bouteille vides de Rosé, de Rouge, de Cidre (et le
Bourbon n’a survécu que parce je devais prendre le premier métro parce que j’avais un truc prévu ce
dimanche).
On pourrait penser que ces bouteilles vides montrent qu’on a un souci avec l’alcool mais on sait tous les 2
que c’est faux: ce sont nos origines celtes, notre façon de vivre et de profiter de la vie.
Et c’est ce qu’on a fait ce soir la en discutant de toute et de rien, toi qui me faisait découvrir du punk breton,
moi qui te parlait d’un livre dont l’histoire était complètement folle.
Et pendant cette soirée, tu as pris ce tome de Clown et tes petits crayons de couleurs et tu m’a fait ce
dessin que je vois aujourd’hui comme le meilleurs portrait que tu puisses faire de qui tu es: le dessin parait
simple mais quand on s’en approche, on voit le les détails et la profondeur
Il me rappelle que pour toi la vie est en couleur et avec un grand soleil.
Je te vois la, sur ce dessins avec ta clope au bec et ton accordéon en train de me faire une démonstration
des différents styles de torture que même les japonais ont interdit avant de me jouer un morceau
absolument sublime.
Bon c’est pas tout à fait vrai ce dessin, il a déjà quelques années et la séance d’accordéon n’a que
quelques mois mais quand même on me retirera pas de l’idée que ce dessin c’est toi et c’est avec ces
couleurs que je garderais ton souvenir.
Et bien sûr, dans ton style inimitable, je vois ces quelques mots que tu as écris pendant que j’avais le dos
tourné, trop occupé que j’étais à déboucher une nouvelle bouteille.
Ces mots qui sont si peu nombreux mais qui capturent parfaitement ce qui est important, qui résume à
merveille ce temps passé ensemble.
Comme tout le monde , je ne comprends pas comment tu as pu oublier tout ça, mais je ne l’oublierais pas
et la prochaine fois qu’on se voit, tu m’expliquera.
D’ailleurs oublie pas, la prochaine tournée elle est pour toi.
Allez, à plus mon Loulou
Nos Da

Louis Le Hir et Stephano Casini , auteurs MOSQUITO… Quai de Bulles 2012

La première rencontre de Louis avec Stefano Casini , auteur italien de BD (publié en France par les éditions Mosquito) avait eu lieu lors de La 32ème édition du festival de la bande dessinée  Quai des Bulles du 26 au 28 octobre 2012 à St-Malo.

temoignage de Stefano Casini

Si vous faites défiler cette page vers le bas, vous tomberez sur une série de post endeuillés, (presque) comme s’il y avait une perversion insensée à écrire de telles choses, quand c’est au contraire le signe inéluctable du passage du temps à travers la mort des personnes et des personnages qui ont marqué notre existence.

En revanche, ce à quoi vous ne vous attendez pas, c’est la disparition de jeunes hommes qui pourraient être tes fils, oh que non, non seulement tu ne t’y attends pas, (mais en plus ce n’est pas juste) mais en plus c’est injuste, aussi évidente, vaine et inutile que cette observation banale puisse être.

J’ai partagé avec Louis plusieurs séances de dédicaces à travers la France, tous deux auteurs de Mosquito, pour promouvoir nos livres, côte à côte, contentant nos lecteurs en dédicassant nos albums. Auteur talentueux découvert par Michel Jans, il avait un signe (un trait) particulier, nerveux, fascinant combiné à une coloration (une mise en couleurs) mature malgré son jeune âge. Je me souviens de la chambre que nous avons partagée à Saint-Malo il y a huit ans, probablement notre première rencontre, moi en tant qu’auteur expérimenté, lui en tant que jeune artiste qui, à l’époque avait le même âge que mon fils aujourd’hui, un peu perdu dans un monde que lui aussi, comme tout le monde (d’ailleurs), a d’abord vécu comme un passionné, pour se retrouver après lui-même à l’intérieur. Un regard intense, sous d’épais sourcils noirs, englobé dans un doux ovale, il avait un caractère ombrageux et réservé, et souvent c’est moi qui ai entamé le dialogue (engagé la conversation) avec lui pour parler de (ses) passions et de (ses) projets, à la recherche d’un pont entre ses visions de jeune auteur et celles plus expérimentées d’auteurs plus âgés tels que moi, Vianello, Wasterlain.

Je l’ai revu à d’autres occasions, et notre relation est toujours restée dans les cadres d’une amitié respectueuse, loin des stéréotypes des jeunes, agitateurs et inconstants, Louis aimait la discrétion et l’observation, et j’avais préféré suivre (adopter) un comportement approprié parce que j’avais compris que pour se mettre en harmonie avec lui (entrer en résonance avec lui), c’était le temps et une approche lente, plus que des assauts frontaux, qui réduiraient sa timidité en miettes (feraient tomber son armure).

Je l’aurais certainement revu lorsque, à la fin de cette année maudite, nous aurions recommencé à fréquenter les festivals et les manifestations (artistiques), mais lui a décidé que non (en a décidé autrement), il a décidé d’arrêter tout et de geler (figer) le temps.

Voilà, devant les injustices que seule la brutalité de la vie peut nous offrir, il ne nous reste plus qu’à pleurer un jeune auteur dont on ne pourra plus voir les beautés qu’il aurait pu nous offrir.

Louis Le Hir et ses amis… Alexandre et Cyrielle…

Témoignage de Alexandre et Cyrielle, deux amis de toujours. Louis était le témoin de mariage de Cyrielle en 2018. 

 

Louis 

Ton départ nous a brisé… toujours du mal à y croire, à réagir, à accepter …et pourtant ton absence se fait déjà ressentir … et nous savons que le manque reste à venir ..Louis, tu étais le meilleur ami que l’ on puisse avoir… 

Tu étais comme ton café, 

Sombre et intense, 

Et c est le nuage de lait 

Qui faisait toute la différence … 

Je plonge dans mes souvenirs et depuis des années maintenant, tu y étais omniprésent … 

J’entends encore tes bruitages et ton petit rire nerveux, 

Je revois tes grimaces et tes mimes douteux … 

Je repense à nos soirées « films d’ d’horreur », 

Ou tu passais ton temps à parler…

Avec toi impossible d’avoir peur … 

Car chaque scène te faisait rigoler … 

Je te revois allongé sur mon canapé, emmitouflé sous la couette, 

après une nuit passée à pousser la chansonnette, 

A se chamailler pour le choix de la musique, 

Ou tu me mimais Angus young et sa guitare électrique… 

De Cabrel à Sepultura en passant par exploited et Niagara … les heures défilaient sans que nous nous en apercevions , 

Nous parlions de tout et de rien, 

le sourire aux lèvres et la mousse à la main… 

De nos fous rires sur des blagues mal assumées, 

A tes expéditions nocturnes dans mon frigo pour te rassasier … 

Nous n’avions jamais envie que ces soirées se terminent … 

Je te revois te battre avec ma machine à café, que tu n’as jamais su faire fonctionner… je revois tes clopes qui ressemblaient à tout sauf à des roulées et dont je retrouvais sur le sol les trois quart du paquet… 

Je me souviens de ta maladresse qui nous a valu quelques verres brisés …

Et ta finesse lorsque nous avions besoin de nous confier… 

Nous n’aurons plus d’échanges écrits à tout heures du jour et de la nuit … je ne verrai plus apparaître sur mon téléphone les 150 messages que tu avais l’ habitude de m’envoyer ou tu t’amusais à faire parler les photos de Rambo, johnny, cloclo ou Lugosi … 

Nous ne pourrons plus partager un verre, 

A côté de « la boîte 13 » que tu aimais tant, 

qui ruisselait de trésors littéraires et autres ouvrages délirants… 

Nous ne te courrons plus après pour obtenir la dédicace de ta dernière bd. 

Nous ne ferons plus jamais de week end oléronais, 

ponctués de balades à vélo, de parties de molkky, de plage et d’apéro. 

Louis tu vas laisser un grand vide. Tu étais un ami comme il est rare d’ en avoir, un ami que nous ne pourrons jamais oublier … 

Un ami avec lequel on pouvait parler de tout sans crainte d’être jugé… 

Un ami avec qui on pouvait rire de tout sans culpabiliser.. 

Pas besoin de se parler pour se comprendre … en un regard tout était dit … 

Louis, 

Nous espérons que la ou tu es maintenant, 

Les voisins seront tolérants, 

Et que tu pourras monter le volume, 

A t’ en vriller les tympans … 

Alexandre & Cyrielle 

Cyrielle est une artiste peintre installée sur  l’ile d’Oleron.                    Sa page Facebook :  le monde de Cyrielle

 

Louis LE HIR vu par son ami Yal Sadat …

Témoignage de Yal  

(Yal et Louis étaient amis depuis plus de 15 ans, Yal est Journaliste et critique de cinéma)

 

Je vais essayer de faire le plus court possible, parce que je sais que tu n’as jamais aimé les longs discours solennels. D’ailleurs, je t’entends d’ici pouffer de rire en m’écoutant, comme dans le temps où l’on s’effondrait d’hilarité en observant le petit manège des gens trop sérieux. 

Un autre qui n’aime pas les longs discours, c’est Clown. Ces derniers jours, j’ai rouvert les albums qui racontent ses aventures. J’ai été frappé de voir à quel point, lui aussi, il parlait avec éloquence, mais en se passant de grandes paroles : c’est comme s’il dialoguait avec son lecteur depuis son for intérieur, par de drôles de grondements sourds et beaux. Un taiseux, ce Clown. J’ai été frappé de voir, aussi, à quel point son parcours me rappelait le tien. Ce n’est pas qu’une question de dégaine, de tête rasée et de cigarette au coin du bec : ce qui te rapproche de cet alter ego, c’est d’abord une manière d’avancer, envers et contre tout, dans un tunnel de nuits et de jours pavé de noirceur, mais toujours avec un filet d’espoir lumineux en guise de boussole. Se coltiner la crasse, la violence, la boue du monde, en étant parfois un peu sombre, certes, mais en restant stoïque, optimiste et bienveillant au bout du compte. Une bonne définition de ta position face à l’existence, et que j’ai toujours admirée. 

Clown ne rumine pas, il traverse les cercles de l’Enfer sans broncher, puis, après nous avoir ouvert les portes de son cirque à la Tod Browning, il part pour l’Amérique dans le tome 2, American Clown, exactement comme Bardamu dans Voyage au bout de la nuit. Cet autre soldat de la nonchalance découvrait New York, une « grande ville debout » où il espérait trouver une nouvelle vie enchanteresse, mais où se trament aussi les pires bassesses – comme dans les films hollywoodiens que j’ai aimés avec toi, grâce à toi, et dont on a usé les bandes VHS jusqu’à la corde : Un Justicier dans la ville, Taxi Driver, Bad Lieutenant, et j’en passe. Ce que j’aime dans Clown, c’est ce que j’aime chez son auteur : son univers foisonnant, ses visions riches, singulières, baroques, géniales, qui se nourrissent de la dureté des choses, pour en tirer une énergie folle. Un peu comme la musique que tu écoutais, celle de Motorhead, de Slayer, d’AC/DC, et même de Tri Yann et des rois de la disco, toutes ces chansons qu’on a écoutées trop fort, jusqu’à l’ivresse, jusqu’à ce qu’on doive tous te demander de baisser le volume. Ou encore comme ce refrain punk de The Exploited, « Dead Cities », qu’on a hurlé au-dessus des vagues déchaînées, perchés en pleine nuit sur un rocher au large de St-Malo.

Cet univers qui grouillait en toi, il m’a nourri et inspiré àmon tour, et il continuera de le faire. Jamais on ne peut oublier un tel monde intérieur, celui que renferment les types de ton genre, des types qui attaquent la vie à rebours, des types qui ont quelque chose en plus dans le regard. Comme s’ils avaient longuement scruté l’envers du décor et qu’ils voulaient en rendre compte avec un mélange de mélancolie et de rire – parce qu’avec toi on a ri, souvent, longtemps, pour un rien, comme des bossus. 

Non, jamais on n’oubliera l’inspiration que tu nous a apportée. Jamais on n’oubliera ce modèle de persévérance que tu as été, ni cette détermination qui te faisait venir à bout de ton travail, terminer tes planches avec le même entêtement que Clown lorsqu’il traverse les contrées. Je sais que, même absent, tu me taperas sur l’épaule dans les moments de faiblesse, parce que tu resteras un modèle de courage face à l’adversité. Un peu comme tes autres héros, qu’ils soient en papier ou en muscles : je me souviens que tu me motivais en me désignant des parangons de ténacité aussi variés que Stallone ou Soljenitsyne ; dans la grande littérature comme dans les séries B, tu m’a fait voir ce qu’il y avait de plus noble. Et un jour que j’avais le moral dans les talons, tu m’as appris avec humour la bonne parole de Jean-Claude Van Damme : « il ne faut pas écouter les bruits du monde, mais le silence de l’âme ». 

Je n’ai jamais oublié ce moment, et d’ailleurs j’ai repensé à cette phrase quand je t’ai vu parfois te désoler du sort de l’humanité, des conséquences douloureuses des crises économiques, des guerres, des croisades religieuses, des pandémies qui réduisent le quotidien à un grand nulle part dématérialisé, soi-disant connecté mais au fond dévasté. Un quotidien qui ne te convenait pas. Toi qui es toujours resté attaché, en bon chrétien, à la justice et à la défense des innocents, comme Charles Bronson dans la saga du Justicier dans la ville, tu glissais alors tout doucement, pour devenir plutôt Travis Bickle, c’est-à-dire De Niro dans Taxi Driver : ce vengeur un peu plus tourmenté qui se révolte non seulement contre l’injustice, mais contre la laideur du monde. Heureusement, il achève son parcours en héros, dans le même soubresaut d’optimisme qu’il y a dans tes BD, dans tes toiles, dans tes croquis, dans tes airs de guitare, bref dans ton œuvre – même si tu rirais bien, encore une fois, devant ce terme pompeux. Comme Travis Bickle, comme Clown, tu ne t’es jamais complètement laissé distraire par les bruits du monde. Alors je te promets d’en faire autant : je remonte le volume de la musique pour ne pas entendre ces bruits, et mieux écouter avec toi « le silence de l’âme ». 

 

voir les chroniques de Yal Sadat

 

HOMMAGE DE MAXIME DESRUISSEAUX A LOUIS

D’abord, sache qu’au moment d’entamer l’écriture de cette lettre, j’ai lancé la trame sonore du film Valerie and Her Week of Wonders, que tu m’avais fait découvrir lors d’une soirée d’amitié magnifique, en 2018, dans ton petit appartement de Paris.

Dès les premières notes, j’ai pleuré. J’ai eu l’impression d’entendre ton âme. Parce que c’est une musique à la fois funeste, mystique, tragique et, étrangement, porteuse d’espoir à travers tout ça. Comme toi. Comme tes BDs. Comme le contenu de tes boîtes le long de la Seine. Comme ton appartement. Entendre le thème principal de Valerie and Her Week of Wonders, c’est entendre ton âme qui vogue à travers les labyrinthes du temps et de la vie.

Toi et moi, on se parlait toujours de cinéma. Et il s’avère que le dernier film que j’ai vu avant d’apprendre ton bouleversant départ, c’est Volver, de Pedro Almodovar. Tu sais probablement c’est quoi, mais puisque ce n’est pas exactement dans ta palette, je précise
quand même, au cas où : c’est l’histoire de deux sœurs endeuillées par le décès tragique de leur mère, avec tous les regrets qui viennent avec ce genre d’évènement, mais qui en viennent à découvrir que le fantôme de leur mère erre encore sur Terre, et qu’elles peuvent donc lui parler de leurs sentiments.

Sur le coup, j’ai trouvé que le film était bien, sans toutefois en avoir été transcendé. Puis, ta sœur Marion m’a annoncé ton décès. Évidemment, le choc a été monumental. J’ai vécu ce fameux moment où on comprend le sens des mots qu’on nous dit et qu’on a néanmoins l’impression que c’est impossible, qu’il y a un bogue dans la Matrice. C’était totalement surréaliste.

J’ai pleuré. Énormément. Avec pauses et reprises, ups and downs, rires et douleurs, pis tout le tralala qui vient avec ça.

Puis, même si ce n’est pas mon genre pantoute, j’ai soudainement eu l’impression, vers 3h du matin, que tu étais là, chez moi, et que tu me regardais. Un peu comme dans Volver. Alors je t’ai parlé, seul dans ma cuisine, en pleine nuit, en considérant le plus sérieusement du monde que tu m’écoutais.

Je t’ai dit que je t’étais infiniment reconnaissant de toute l’énergie que tu m’as transmise pour que je me botte le cul et fasse enfin un nouveau film. Parce qu’à chaque voyage à Paris, criss que tu avais le don de booster mon énergie créatrice. Tu attendais mon prochain film comme on attend le prochain de Martin Scorsese. Tu m’écoutais, me suggérais des œuvres à voir et à lire, tu me faisais cadeau d’ouvrages que tu portais dans ton cœur.

Calisse qu’on a eu du fun. Je t’obligeais à marcher plutôt qu’à prendre le métro, parce que je me sentais dans Midnight in Paris et qu’il était donc chaque fois hors de question que je me déplace sous la terre. Alors tu me faisais découvrir la ville à ta façon, en me parlant d’un auteur, d’un bar, d’un bâtiment. Puis, on arrêtait prendre un « demi », et douze autres encore.

J’ai jamais pensé qu’il y aurait un tout dernier demi. Ça m’arrache le cœur rien qu’à y penser.

Et pourtant, c’est là qu’on en est. It’s over. Et même si c’est infiniment tragique, je tiens à te dire que c’est ben correct. Peu importe comment c’est arrivé, pourquoi c’est arrivé, s’il y avait une « bonne raison » ou pas. Ça ne change rien.

Évidemment, j’aurais préféré que tu ne fasses pas ce que tu as fait. J’aurais voulu te convaincre de venir t’amuser au Canada, de travailler avec moi sur un nouveau film, de rencontrer Nick qui t’aurait fait rire… j’aurais voulu t’insuffler le positivisme et
l’enthousiasme que tu m’insufflais à moi. Peut-être que j’aurais réussi. Peut-être pas.
Mais en tout cas, j’aurais voulu essayer. Au moins le temps de pouvoir te faire une dernière joke. Parce que je le sais que j’étais habile à te faire rire.

Anyway… il va sans dire que la tentation est forte de comprendre ce qui est arrivé, et de se demander ce qu’on aurait pu faire pour changer le cours des évènements. Mais au final, on ne peut plus rien changer : tu n’es plus là.  C’est comme ça. Et encore une fois, il faut que je te le dise : c’est ben correct.

Tu nous manques déjà à Loub et à moi, à tes amis, à ta famille dont tu m’as si souvent parlé. Le niveau de la Seine a certainement monté d’un centimètre ou deux cette semaine.

But life goes on.

J’ai pris une longue marche un peu plus tôt aujourd’hui. J’avais mis la musique en mode « random » et, à un moment donné, la chanson Belzébuth a joué. Elle m’a fait penser à toi. Notamment parce qu’elle a été écrite par Dédé Fortin, une légende de la chanson québécoise populaire, qui a tragiquement décidé de partir de la même façon que toi. Les paroles qui y sont prononcées, surtout vers la fin, me font penser à toi et à ton départ :

En survolant ma banlieue morte
Je remercie le vent qui m’porte
J’pense à ma belle Élisabeth
A doit se demander c’que j’ai fait
Pour ma neuvième et dernière vie
J’avais mérité le confort
J’ai ben fait de partir plus tôt
Mon cœur préfère la vie d’oiseau

Sur ce, je te parle d’une toute dernière œuvre. C’est le roman Dying Inside, écrit par Robert Silverberg en 1972. En hommage à ta mémoire, dans l’espoir d’apporter un tout petit peu de réconfort à tous les gens qui t’aiment et qui pleurent, je cite les derniers
paragraphes du récit :

Tout est tranquille maintenant.

Le monde est blanc à l’extérieur et gris à l’intérieur. J’accepte. Je pense que l’existence sera plus paisible. Le silence va devenir ma langue maternelle. Il y aura des découvertes et des révélations, mais pas de bouleversements. Peut-être que plus tard le monde retrouvera un peu de ses couleurs pour moi. Plus tard. Peut-être. 

Vivants, nous nous tracassons; morts, nous vivons. Je tâcherai de garder cela à l’esprit. Je serai de bonne humeur.

Jusqu’à ce que je meure une deuxième fois, salut, salut, salut.

Max
4 décembre 2020