Louis et ses amis … Laura Zimmermann

Laura Zimmermann, une amie de Louis, Alexandre ,Yal, Cyrielle  et les autres …

LOUIS et ALEXANDRE
peinture de laura Zimmermann

A Louis

En novembre j’ai reçu un mail de toi me disant que tu prévoyais un voyage dans les Alpes et que tutu « déborderai” peut-être sur la Suisse – ce sont tes mots. Je t’avais répondu que si tu ne débordais pas sur la Suisse, c’est moi qui viendrai à toi et qu’en attendant j’espérais te revoir bientôt. J’attendais la fin du confinement pour remonter sur Paris. Mes derniers mots pour toi tiennent en trois phrases. Je ne savais pas que c’étaient les derniers. On devrait toujours écrire aux gens qu’on aime comme si c’était la dernière
fois, malheureusement dans la vraie vie personne ne fait ça.
Lorsque Alexandre m’a appelée pour m’annoncer ta mort, je n’ai pas compris ce qu’il me disait. Le pauvre,
je lui ai fait répéter ces mots qui devaient lui arracher la gorge: “Loulou est mort”. Très vite après avoir raccroché j’ai pensé qu’il était devenu fou et qu’il m’avait fait une mauvaise blague (pardon Alex).
J’ai cherché frénétiquement une preuve sur le net: un avis de décès, une annonce, quelqu’un qui parlerait de toi… Au début il n’y avait rien, aucune trace de ta disparition. Puis ton décès à été annoncé sur la page Wikipedia de ton papa et il a bien fallu que j’admette la vérité.
Pourtant je continue à chercher. Tous les jours je fouille le net, les réseaux sociaux et les forums de
bédéphiles à la recherche de gens qui pensent à toi et qui te font exister. Et des gens qui pensent à toi
mon vieux, y’en a un paquet. Je vois partout cette photo de toi posant une main sur le menton. Tu as l’air
tellement pro et tellement heureux dessus. On dirait une star de télévision.
Les photos qu’on prenait en soirée n’étaient pas aussi belles, mais je les garde précieusement car elles
témoignent aussi de moments où on était heureux, même si c’était souvent trop et parfois dans l’excès. En fouillant dans mes souvenirs j’ai retrouvé une vidéo d’un 31 décembre. On était chez Yal et on se faisait royalement chier. Les fêtes de fin d’année n’étaient jamais à la hauteur de nos espérances, mais toi tu nous répondais que « le nouvel an quand on aime les cacahuètes c’est bien ». Ça vaut tous les bouquins de développement personnel du monde.
Les années passées au CSO avec vous font partie des plus belles de ma vie. Je me sentais enfin à ma place au milieu de vous. Avec le temps j’ai fini par perdre de vue plusieurs d’entre-vous, mais toi et
Alexandre vous étiez toujours là, toujours présents. Je ne vous l’ai jamais dit mais ça me faisait un bien fou. J’avais fini par vous attendre à chaque fois que je revenais, c’était un rendez-vous non pris mais presque toujours honoré. Je pensais que vous seriez toujours là. Je vous pensais immortels.
La dernière fois que je t’ai croisé c’était lors d’un de ces fameux rendez-vous non pris. Tu avais débarqué dans une de mes expositions avec l’un de tes amis de fac. Ce dernier était accompagné de son gamin de deux ans qui s’était essuyé les mains pleines de gâteaux sur mes fauteuils tout blancs. Je me demandais
comment j’allais bien pouvoir les nettoyer. Je suis finalement heureuse de ne pas y avoir touché: ces petites traces de doigts me  feront penser à toi. Je m’assure ainsi de ta présence à tous nos futurs
rendez-vous non pris.
Vous aviez donc débarqué tous les trois comme des boulets de canon dans cette salle d’expo bien proprette, avec vos gâteaux, vos rires et vos projets de BD, de graffs, de micro-galerie et de kitchen litho.
Tu étais fidèle à toi-même: mélancolique et sensible, mais avec plein d’envies et beaucoup d’humour.
Tu as toujours su nous faire mourir de rire rien qu’en étant toi, comme ce jour où, en cours d’art plastique,
Mme Guedet nous avait donné un travail à faire sur le thème de la Taille Réelle. C’était la seule contrainte.
Toi, tu avais ramené le dessin d’un crucifié au format A3. Lorsqu’elle t’a fait remarquer que tu n’avais pas
du tout suivi la consigne, tu lui as rétorqué avec le sourire et un brin d’arrogance: “mais si voyons: c’est unbébé!” La pauvre Mme Guedet en est restée toute interloquée pendant que nous, nous riions comme des baleines. Je me marre encore rien que d’y repenser.
Tu étais talentueux et inspirant Louis. Tu étais ma muse. C’est de toi dont j’ai peint le plus de portraits (29,je les ai comptés). Tu étais toujours partant pour poser. Tu avais cette beauté qui me fascinait: frontale, virile, émouvante. Tu réussissais l’exploit d’être à la fois sombre et lumineux. Un poème de Baudelaire à toi tout seul.
Tu vas me manquer Loulou. Je garde des portraits de toi, tes dessins, tes BD, mes souvenirs et ma peine.
Et le 31 décembre j’ouvrirai une bouteille et un paquet de cacahuètes.
Lolotte

artiste peintre Laura Zimmermann avait demandé à Louis d’être son modèle pour une série de portraits.

Alexandre et Louis
Acrylic sur toile
Laura Zimmermann